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04 Aug 2026

Décrypter un gel énergétique : maltodextrine, fructose, ratio, osmolalité

Maltodextrine, ratio glucose-fructose, DE, osmolalité, hydrogel : les gels énergétiques sont pleins de termes techniques et d'arguments marketing qui se contredisent. Cet article explique, molécule par molécule, pourquoi un gel contient ce qu'il contient : pourquoi le glucose plafonne à 60 g/h, comment le fructose fait sauter ce plafond, ce que fait vraiment la maltodextrine, et quels arguments commerciaux ne résistent pas aux données. À la fin, tu sauras lire n'importe quelle étiquette de gel.

Par Begat
Décrypter un gel énergétique : maltodextrine, fructose, ratio, osmolalité

Temps de lecture : 11 minutes : Article rédigé à partir de 15 publications scientifiques.


Introduction

Retourne un gel énergétique et lis l'étiquette. Maltodextrine. Fructose. Sirop de glucose. Alginate de sodium. Des mots qui sonnent industriels, dans un produit vendu à des gens qui font attention à ce qu'ils mangent.

Et puis les promesses sur le devant du sachet : « isotonique », « hydrogel », « à indice glycémique bas », « sans maltodextrine ». Quatre revendications qui, prises ensemble, se contredisent.

Cet article n'est pas une liste de conseils. C'est une explication. À la fin, tu sauras exactement pourquoi un gel contient ce qu'il contient, quels arguments marketing ne tiennent pas, et surtout : ce qui détermine réellement si un gel te fera avancer ou te retournera l'estomac.


1. Le cahier des charges d'un gel

Un gel énergétique doit résoudre deux problèmes simultanément.

Problème 1 : faire entrer un maximum de sucre dans ton sang.

Pendant un marathon à allure soutenue, tu brûles environ 150 à 190 g de glucides par heure. Tes réserves de glycogène (muscle + foie) contiennent environ 500 g. Fais le calcul : au bout de 2h30 à 3h, le réservoir est vide. C'est le mur.

Un gel ne remplace pas tes réserves, c'est impossible, tu ne peux pas absorber 190 g/h. Il retarde leur épuisement.

Problème 2 : le faire sans détruire ton système digestif.

C'est là que tout se complique. Ces deux objectifs sont en tension directe. Plus tu concentres le sucre, plus tu apportes d'énergie et plus tu risques les troubles digestifs. Toute la science des gels tient dans cet arbitrage.


2. Le plafond des 60 g/h, et comment on le dépasse

La porte d'entrée s'appelle SGLT1

Le glucose ne traverse pas ta paroi intestinale tout seul. Il a besoin d'un transporteur : une protéine ancrée dans la membrane de tes cellules intestinales, appelée SGLT1 (sodium-glucose linked transporter 1).

Et ce transporteur a une capacité maximale : environ 60 grammes de glucides par heure.

C'est un plafond de débit, pas de dose. Fractionner n'y change rien : 15 g toutes les 15 minutes, c'est exactement 60 g/h. Le transporteur ne travaille pas plus vite parce que tu lui envoies des colis plus petits.

Ce qui arrive au-delà : le glucose non absorbé continue son chemin vers le côlon. Là, il est fermenté par les bactéries et attire l'eau par osmose. Gaz, ballonnements, diarrhée.

Pendant trente ans, ce plafond de 60 g/h a été le dogme absolu de la nutrition sportive.

La deuxième porte : GLUT5

Puis on a compris quelque chose. Le fructose n'utilise pas SGLT1. Il passe par un transporteur complètement différent : GLUT5.

Deux portes distinctes. Deux flux qui s'additionnent.

Transporteur Sucre Capacité
SGLT1 Glucose ~60 g/h
GLUT5 Fructose +30 à 50 g/h
Total 90 à 120 g/h


Les travaux de Jeukendrup et de son équipe ont démontré que combiner glucose et fructose augmente le taux d'oxydation des glucides exogènes de 50 à 75 % par rapport au glucose seul.

C'est la découverte la plus importante de la nutrition sportive des vingt dernières années. Pas un nouveau sucre. Une deuxième porte.

Le ratio : pourquoi 1:0,8

Si SGLT1 plafonne à 60 et GLUT5 à ~50, la répartition optimale n'est pas 50/50. Elle est légèrement en faveur du glucose.

L'ancien standard était 2:1 (deux fois plus de glucose que de fructose). Les données plus récentes convergent vers 1:0,8 : soit environ 55 % de glucose et 45 % de fructose. C'est le ratio qui permet d'approcher 90-120 g/h chez un athlète dont l'intestin est entraîné.

Concrètement, sur un gel de 30 g de glucides :

~16,7 g de glucose
~13,3 g de fructose

Le test le plus simple pour juger un gel : demande-toi si tu peux calculer ce ratio à partir de l'étiquette. Si la marque ne le communique pas, c'est rarement bon signe.


3. La maltodextrine : le tour de magie du train

Maintenant, le deuxième problème. Le confort digestif.

Ton corps compte les particules, pas les grammes

Voici le concept central, et il est contre-intuitif.

Quand un liquide arrive dans ton intestin, l'eau se déplace selon un principe simple : elle va toujours vers là où il y a le plus de particules dissoutes. C'est l'osmose.

Et pour l'osmose, une particule est une particule. Sa taille n'entre pas en jeu. Un ion sodium minuscule et une longue chaîne de sucre comptent chacun pour un.

C'est ce qu'on appelle une propriété colligative : elle dépend du nombre, pas de la nature. Comme un bus : que le passager fasse 45 kg ou 120 kg, c'est un passager.

Le train de glucose

La maltodextrine, c'est simplement de l'amidon découpé.

L'amidon (de maïs, de manioc, de blé, de pomme de terre) est constitué de milliers de glucoses liés bout à bout. Trop gros, insoluble, inutilisable. On le coupe par voie enzymatique en fragments d'environ 10 glucoses.

Et voilà l'astuce :

Nombre de particules
25 g de glucose libre ~139 mmol
25 g de maltodextrine ~14 mmol

Même énergie. Dix fois moins de particules.

Puis, dans ton intestin, des enzymes ancrées dans la paroi (les maltases-glucoamylases) détachent les wagons et elles le font pile à l'endroit où le glucose est absorbé. Le glucose est libéré à l'embouchure du transporteur et happé immédiatement. Il n'a jamais le temps de s'accumuler comme particule libre.

Ce que ça change concrètement

Pour être isotonique (c'est-à-dire à la même concentration de particules que ton sang) il faudrait diluer : 25 g de glucose dans environ 460 mL d'eau ou 25 g de maltodextrine dans environ 46 mL d'eau.

Dix fois moins d'eau à porter, pour le même carburant.

Les travaux de Vist et Maughan ont montré que remplacer des sucres libres par un polymère de glucose accélère significativement la vidange gastrique, à contenu énergétique égal.

Donc non : la maltodextrine n'est pas un additif industriel bon marché. C'est la solution à un problème de physique. C'est aussi pour cette raison qu'on la retrouve dans la quasi-totalité des gels et boissons de performance sérieux.


4. Le DE : la longueur des wagons

Sur les fiches techniques, tu croiseras parfois un chiffre : le "DE", pour Dextrose Equivalent.

C'est la mesure du degré de découpage de l'amidon.

  1. Amidon entier : DE ≈ 0
  2. Maltodextrine : DE entre 3 et 20 (au-delà de 20, la réglementation impose le nom « sirop »)
  3. Glucose pur : DE = 100

Formule mentale : DE ≈ 100 ÷ nombre moyen de glucoses par chaîne.

DE Chaînes de… Particules Texture Goût
DE 10 ~10 glucoses Peu Épaisse, pâteuse Insipide
DE 20 ~5 glucoses Moyen Intermédiaire Peu sucré
DE 30 ~3 glucoses Plus Fluide Sucré

Pourquoi les gels ne sont pas tous à DE 5 ? Parce qu'un DE trop bas donne un produit visqueux, difficile à dissoudre, et qui a tendance à figer. À haute concentration, un gel à DE 10 devient une pâte que personne n'arrive à avaler en course.

Le compromis se situe généralement entre DE 10 et DE 20.

Un point important, cela dit : l'effet du DE sur l'osmolalité totale d'un gel fini est plus modeste qu'on ne le croit. Parce que le fructose, lui, reste toujours sous forme de particules libres. On y vient.


5. Pourquoi le fructose est condamné à rester seul

Question logique : si la maltodextrine résout le problème pour le glucose, pourquoi ne pas faire la même chose avec le fructose ?

Un polymère de fructose existe. Il s'appelle l'inuline.

On le trouve dans la chicorée, le topinambour, l'agave. Structurellement, c'est l'équivalent exact : des fructoses attachés en train, avec très peu de particules.

Sauf que ton corps ne possède aucune enzyme capable de le couper.

Les liaisons de l'inuline sont de type β(2→1) : chimiquement différentes des liaisons α(1→4) de l'amidon. Aucune enzyme digestive humaine ne les reconnaît.

Le train de fructose arrive en gare, et il n'y a personne pour détacher les wagons.

Résultat : l'inuline traverse l'intestin grêle intacte, sans libérer un seul fructose absorbable, et arrive entière dans le côlon. Là, elle est fermentée par les bactéries : gaz, ballonnements, appel d'eau osmotique. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'elle est classée FODMAP (le « O » désigne précisément les oligosaccharides de ce type).

L'inuline n'est pas un carburant. C'est une fibre prébiotique.

Et si on avalait l'enzyme manquante ?

L'idée est séduisante. L'enzyme existe (l'inulinase, produite industriellement par des champignons pour fabriquer du sirop de fructose). Elle ne fonctionne pas pour deux raisons :

  1. Une enzyme est une protéine. Ton estomac, avec son pH de 1,5 et sa pepsine, est une machine conçue pour détruire les protéines. L'enzyme serait digérée avant d'agir.
  2. Elle serait trop lente. L'hydrolyse de l'inuline prend des heures en cuve, à concentration et température contrôlées. Le bol alimentaire ne reste que 2 à 3 heures dans l'intestin grêle. Le train serait déjà passé.

Conclusion : le fructose de ton gel restera toujours sous forme de molécules libres. Ce n'est pas un choix de marque, c'est une limite biochimique.

Cela signifie que tout gel dual-transporteur a un plancher osmotique incompressible, fixé par sa dose de fructose. La maltodextrine réduit la moitié glucose du problème. L'autre moitié est irréductible.

(Le saccharose (le sucre de table) est une exception partielle : c'est un « mini-train » de deux wagons, glucose + fructose, que ton intestin sait couper grâce à la sucrase. Il divise donc par deux le nombre de particules pour la même énergie. Mais ça s'arrête à deux wagons.)


6. Pourquoi ton gel est hypertonique (et pourquoi il faut boire)

Les chiffres

Ton plasma sanguin est maintenu à environ 290 mOsm/kg : l'unité qui compte simplement le nombre de particules dissoutes par kilo d'eau. Cette valeur est régulée à moins de 1-2 % près, parce que ton cerveau ne tolère aucun écart.

C'est elle qui sert de référence à trois mots que tu croiseras partout : une solution est hypotonique si elle est en dessous (moins de particules que ton sang), isotonique si elle est au même niveau, et hypertonique si elle est au-dessus. C'est ce qui détermine dans quel sens l'eau va se déplacer.

Un gel énergétique concentré se situe généralement entre 2 000 et 10 000 mOsm/kg.

Une étude ayant mesuré 31 gammes de gels commerciaux a relevé une moyenne de 4 424 mOsm/kg, avec des valeurs allant de 303 à plus de 10 000, et 70 % des gels au-dessus de 2 000.

Autrement dit : la plupart des gels sont 10 à 30 fois plus concentrés que ton sang.

Ce qui se passe alors

Ton duodénum détecte cette hypertonicité et fait la seule chose qu'il peut faire : il sécrète de l'eau dans l'intestin pour diluer. Cette eau vient de ton plasma.

Trois conséquences :

  1. Le frein duodénal. La vidange gastrique ralentit. Ton gel reste bloqué et ne te nourrit pas.
  2. La sensation de brique. Ventre gonflé, gargouillis.
  3. Une perte transitoire de volume plasmatique, au moment où tu transpires déjà.

Sur le transit complet, le bilan hydrique est à peu près neutre ; l'eau est réabsorbée plus bas, notamment grâce au co-transport SGLT1 qui entraîne le sodium et l'eau avec le glucose. Mais transitoirement, tu déplaces de l'eau au mauvais moment.

La règle pratique

Bois 150 à 200 mL d'eau avec chaque gel.

Tu fais toi-même, en amont et sans coût, ce que ton corps ferait sinon en aval en te ponctionnant.

Un gel avalé à sec, c'est un gel qui met plus de temps à te nourrir.


7. Quatre arguments marketing qui ne tiennent pas

Mythe n°1 : « Hydrogel »

La promesse : une technologie à base d'alginate d'algue « encapsule » les glucides et les protège de ton estomac, permettant d'absorber 100 g/h sans inconfort.

Le problème physique : un hydrogel d'alginate n'est pas une capsule étanche. C'est un maillage rempli d'eau, dans lequel les sucres sont dissous. Les pores d'un gel d'alginate mesurent quelques dizaines de nanomètres. Une molécule de glucose fait moins d'un nanomètre. Le sucre traverse le filet librement.

Or l'osmolalité est une propriété colligative : elle dépend uniquement du nombre de particules dissoutes. Un maillage ne peut pas réduire l'activité osmotique d'un sucre dissous dedans.

Ce que disent les données :

Une revue systématique avec méta-analyse publiée en 2022 a conclu que la littérature disponible n'indique aucun bénéfice à l'ajout d'alginate de sodium à une boisson glucidique pendant l'exercice. Sur la performance : hétérogénéité nulle entre études (I² = 0 %), aucune différence significative (SMD = −0,11 ; p = 0,59).

Plus frappant encore : une étude financée par le fabricant lui-même (Sutehall et al., 2022) n'a trouvé aucune différence d'oxydation du glucose exogène entre une boisson avec alginate et une boisson témoin isocalorique (0,63 vs 0,64 g/min), ni aucune différence de symptômes digestifs.

Alors pourquoi ça marche ? Parce que ça marche vraiment, mais pas pour la raison annoncée.

La marque qui a popularisé l'hydrogel a fait quelque chose de réellement révolutionnaire : elle a donné aux athlètes la permission de manger 100 g de glucides par heure, à une époque où le dogme était 60. Elle a aussi adopté le ratio 1:0,8 très tôt, et créé une texture ferme et non collante qui rend le gel facile à avaler à haute intensité.

Le gain est réel. Le mécanisme revendiqué n'est pas le mécanisme opérant. Les athlètes vont plus vite parce qu'ils mangent beaucoup plus de sucre.

Mythe n°2 : « Isotonique »

Ce que ça veut dire : la boisson a la même concentration de particules que ton sang (~290 mOsm/kg). C'est vrai, c'est mesurable, et ça garantit qu'il n'y aura pas de transfert net d'eau.

Ce que ça ne dit pas : (i) combien de glucides par litre, (ii) quel ratio glucose:fructose, (iii) combien de sodium.

Une boisson peut être parfaitement isotonique avec 100 % de glucose et zéro sodium. Elle coche la case et plafonne à 60 g/h.

Mythe n°3 : « À indice glycémique bas »

C'est l'argument le plus fréquent chez les marques qui utilisent du sirop d'agave ou des purées de fruits. L'agave affiche un IG de 15, contre 100 pour le glucose. Séduisant.

Sauf que l'IG de l'agave est bas pour une seule raison : il est composé à 85-90 % de fructose, et le fructose ne fait pas monter la glycémie parce qu'il part directement au foie.

Ce n'est pas une vertu. C'est la description du problème. Un glucide qui ne monte pas dans le sang pendant l'effort, c'est un glucide qui ne nourrit pas ton muscle en train de courir.

Quant à la peur du « pic puis coup de mou », elle ne s'applique pas à l'exercice : pendant l'effort, la sécrétion d'insuline est inhibée par les catécholamines, et la captation musculaire du glucose se fait via GLUT4, transloqué par la contraction musculaire elle-même, indépendamment de l'insuline.

L'hypoglycémie réactionnelle est un phénomène de repos. Un carburant d'effort n'est pas un aliment du quotidien.

Attention toutefois à ne pas surcorriger : le fructose n'est pas l'ennemi. Il est indispensable, c'est lui qui débloque GLUT5, et il recharge le glycogène du foie mieux que le glucose. Le problème n'est jamais le fructose. C'est le ratio.

Mythe n°4 : « Sans maltodextrine »

Une partie du marché a construit son positionnement contre la maltodextrine, présentée comme un ingrédient ultra-transformé.

Trois choses à savoir :

a) La maltodextrine est effectivement un ingrédient transformé. C'est de l'amidon hydrolysé par voie enzymatique à haute température, puis purifié et séché. C'est un produit industriel. Le nier serait malhonnête.

b) Mais c'est aussi ce qui rend un gel digeste. Sans polymère de glucose, tu doubles le nombre de particules pour la même énergie. Une marque qui retire la maltodextrine sans rien mettre à la place fait un gel plus hypertonique, pas moins.

c) Et l'origine n'a aucune importance physiologique. Maltodextrine de maïs, de blé, de manioc ou de pomme de terre : après hydrolyse, c'est la même molécule. Ton intestin ne fait pas la différence. Les différences réelles sont ailleurs : disponibilité en bio et statut non-OGM. Ce sont de bonnes raisons, mais ce ne sont pas des raisons de performance.

Le seul paramètre qui compte physiologiquement, c'est le DE. Pas la plante.


8. Ce qui compte vraiment (et ce n'est pas ce que tu crois)

Voici la partie que presque personne ne dit, y compris parmi ceux qui critiquent le marketing.

L'osmolalité est un facteur réel, mais secondaire.

Si elle était le facteur dominant, les faits seraient différents. Le gel le plus isotonique du marché (à ~300 mOsm/kg, soit trente fois moins concentré que certains concurrents) existe depuis quinze ans, et il n'a jamais réglé le problème digestif de personne. Pendant ce temps, des gels franchement hypertoniques dominent le peloton professionnel avec une excellente réputation de tolérance.

La hiérarchie réelle des causes d'inconfort digestif, telle qu'elle ressort de la littérature (Costa, Snipe, Jeukendrup, Pfeiffer) :

Rang Facteur Pourquoi
1 L'intensité de l'effort Au-delà de ~70 % VO₂max, le flux sanguin intestinal chute jusqu'à −80 %. Ischémie, lésion épithéliale, malabsorption
2 Course vs vélo Le ballotement mécanique. Les coureurs déclarent nettement plus de symptômes
3 La déshydratation Au-delà de 2 % de perte de masse corporelle, les symptômes explosent
4 La chaleur Aggrave l'hypoperfusion
5 Le débit glucidique total Le premier facteur nutritionnel
6 La charge en fructose Très variable selon les individus
7 La prédisposition individuelle L'antécédent de troubles digestifs est le meilleur prédicteur unique
8 L'entraînement intestinal Hautement modifiable (voir ci-dessous)
L'osmolalité Réelle, mais loin derrière


Le vrai levier : ton intestin s'entraîne

C'est le paramètre le plus modifiable, et le plus négligé.

Non entraîné Entraîné
Capacité d'absorption ~50-60 g/h 90-120 g/h

Le mécanisme est moléculaire, pas psychologique : l'exposition répétée à des charges glucidiques élevées augmente l'expression de SGLT1 dans la paroi intestinale. Tu fabriques littéralement plus de transporteurs.

Le protocole : sur 6 à 8 semaines, augmente progressivement l'apport sur tes sorties longues : 40 g/h, puis 50, 60, 70, 80, 90. Toujours en conditions de course : mêmes produits, même allure, même timing.

Aucun gel ne fera pour toi ce que six semaines d'entraînement intestinal feront.


9. Comment lire une étiquette de gel

Cinq questions, dans l'ordre :

1. Combien de glucides par sachet ? Le standard actuel se situe entre 25 et 40 g. En dessous de 20 g, tu portes surtout de l'eau.

2. Quel ratio glucose:fructose ? Le plus important. S'il n'est pas communiqué, calcule-le depuis la liste d'ingrédients. Cible : entre 1:0,5 et 1:1. Un gel sans aucun fructose plafonne à 60 g/h. Un gel majoritairement fructosé (agave, purées de fruits en base) sature GLUT5 et laisse SGLT1 au chômage.

3. Y a-t-il un polymère de glucose ? Maltodextrine, sirop de glucose, sirop de manioc/riz/tapioca. Sans lui, ton gel est osmotiquement chargé. Astuce de lecture : compare la ligne « Glucides » et la ligne « dont sucres ». La différence, c'est la fraction polymère.

4. Y a-t-il des lipides ou des fibres ? Il ne devrait pas y en avoir. Les lipides ingérés à l'effort ne sont quasiment pas oxydés pendant cet effort (il faut 4 à 8 heures pour qu'ils soient disponibles) et ils ralentissent la vidange gastrique, bloquant les glucides derrière eux. Les fibres fermentent dans le côlon.


Questions fréquentes

Faut-il boire de l'eau avec un gel, même si la marque dit que non ?

Oui. Quand une marque affirme qu'il n'est pas nécessaire de boire, elle veut généralement dire : pas besoin d'eau pour l'avaler : ce qui est une revendication de texture, pas de physiologie. Un gel hypertonique doit être dilué : soit tu apportes l'eau, soit ton intestin la prélève sur ton plasma. Seule exception : les gels réellement isotoniques (~300 mOsm/kg), qui sont très dilués et apportent donc peu d'énergie par sachet.

Combien de gels par heure ?

Cela dépend de ton entraînement intestinal, pas d'une règle générale. Un point de départ raisonnable : 30 g/h si tu n'as jamais travaillé le sujet, et une progression vers 60 g/h sur plusieurs semaines puis 90 g/h. Sur un effort de moins de 90 minutes, tes réserves suffisent largement.

Faut-il du sodium dans un gel ?

Peu, et pas pour les raisons habituellement avancées. Les besoins en sodium se calculent sur le volume de liquide bu, pas sur les glucides ingérés, ce sont deux variables indépendantes. Deux athlètes peuvent avoir besoin du même apport glucidique et de doses de sodium très différentes : la concentration en sodium de la sueur varie d'un facteur 10 entre individus. C'est pourquoi plusieurs marques scientifiques mettent délibérément zéro sodium dans leurs gels, et le proposent séparément. Une petite quantité reste utile dans un gel, mais pour le goût, en coupant l'écœurement du sucré.

Un gel bio peut-il être aussi performant qu'un gel conventionnel ?

Oui, à condition d'accepter un fait : un carburant d'effort se fabrique. Il n'existe aucun aliment naturel qui délivre 30 g de glucides digestes au bon ratio dans 40-50 grammes. Les sirops de céréales ou de tubercules non raffinés (manioc, riz, tapioca) offrent une alternative fonctionnellement équivalente à la maltodextrine avec une étiquette plus lisible, mais ils sont issus du même procédé d'hydrolyse enzymatique. Prétendre le contraire serait du marketing.

Les gels à base de purées de fruits sont-ils une meilleure option ?

Ils ont un intérêt réel, mais pas celui qu'on croit. Ils sont plus dilués (donc moins hypertoniques) et souvent plus agréables sur la durée, ce qui compte énormément en ultra où l'écœurement au sucré est une cause majeure de sous-alimentation. En revanche, leur densité glucidique est faible (souvent 30-35 %), ce qui signifie porter deux à trois fois plus de poids pour la même énergie, et leur ratio glucose:fructose est fréquemment déséquilibré. Bon choix pour un ultra lent. Mauvais choix pour un marathon à allure.


Ce qu'il faut retenir

  1. Un gel a deux objectifs contradictoires : maximiser l'apport de sucre, et minimiser le nombre de particules. Toute la formulation tient dans cet arbitrage.
  2. Le glucose plafonne à 60 g/h (SGLT1). Le fructose ouvre une seconde porte (GLUT5) et permet d'atteindre 90-120 g/h. Le ratio cible est d'environ 1:0,8.
  3. La maltodextrine n'est pas un additif : c'est du glucose en chaîne, dix fois moins de particules pour la même énergie. C'est ce qui rend un gel dense ET digeste.
  4. Le DE mesure la longueur des chaînes. Plus il est bas, moins il y a de particules, mais plus la texture est épaisse.
  5. Le fructose restera toujours libre. L'inuline existe, mais aucune enzyme humaine ne peut la couper. C'est une limite biochimique, pas un choix de marque.
  6. Bois 150-200 mL d'eau avec chaque gel. Sinon ton corps le fera à ta place, en puisant dans ton plasma.
  7. L'osmolalité compte, mais elle est loin derrière l'intensité, l'hydratation, le débit total et l'individu. Ne choisis pas un gel uniquement là-dessus.
  8. Le levier le plus efficace n'est pas dans le sachet. C'est ton intestin, et il s'entraîne comme tes jambes.

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